Le symbolisme...   Pour quoi faire ?

« Le monde est plein de certitudes. Toute pensée est affirmative. On préfère les réponses, même sans questions aux questions même sans réponses. Il est d’usage de n’avouer ses perplexités qu’à l’abri des réponses que fournit le prêt à penser. Oserons-nous avancer à découvert, retrouver le questionnement, avouer l’ignorance et revendiquer l’incertitude ? »

C’est à la lumière de cet extrait d’un article de Jean-Marc Lévy-Leblond publié ensuite dans « L’esprit de sel » (Fayard) que je souhaite m’interroger sur le symbolisme, démarche qui peut nous guider vers la vérité sans qu’elle soit révélée aux seuls élus ou rationalisée par les possesseurs d’une unique méthode.

 

Dans son poème Correspondances, Charles Baudelaire écrit :

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

l'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

 

Ce texte est une réflexion sur le raisonnement par analogie,

sur le symbolisme et surtout sur l'usage que les hommes peuvent en faire. Il ne fait aucun doute que le poète a cherché à montrer que notre monde comprenait un certain nombre d'initiés - ce sont les vivants piliers ou colonnes - qui utilisent et produisent un langage symbolique parfois ésotérique si ce n'est hermétique - les confuses paroles - mais ajoute Baudelaire, ces symboles observent et étudient l'homme familièrement, même fraternellement ajouterait-je.

Cet auteur non-maçon nous montre que le symbolisme peut être la fois un langage d'initiés, un jargon pourrait-on dire, mais doit être aussi un moyen d'étudier l'homme et la société avec fraternité.

 

Quelles sont les thèses en présence ?

Le symbolisme Science ou Discipline ?

Un auteur maçon, Jules Boucher écrit que le symbolisme est une véritable science qui a ses règles précises. Pour lui, il faut pénétrer patiemment la signification du symbole.

 

Pour ma part, j’estime que le symbolisme est plutôt une discipline visant à briser un cadre rigide de raisonnements connus pour admettre la possibilité de règles universelles, plus ou moins intuitives, dans lesquelles nos méthodes rationnelles actuelles sont entièrement contenues.

Mais le symbolisme ne doit pas aller au-delà sous peine de créer un code ou une table rigide de correspondances entre un symbole voire un signe d’une part et une signification voire une idée d'autre part. Ce serait une sorte de catéchisme…

 

Revenons au fond du problème en constatant que beaucoup de termes ou attitudes ont des caractères symboliques ou rituels. Chaque mot recouvre une idée mais celle-ci n'est pas figée et elle s'enrichit de la compréhension de l'autre ; les mots devenant outil de communication par mise en commun évolutive de signifiants et d’idées.

Cela peut être notre démarche à partir de symboles évidents comme l’équerre, le compas, le niveau ou les colonnes mais en les utilisant dans un objectif de compréhension de ce qui nous entoure et de communication. Ces symboles sont évidents parce qu’ils font appels à nos sens comme dans le poème où : « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ».

Ils sont évidents parce qu’ils répondent, comme images, aux idées qui nous rassemblent au-delà  et en dehors des cercles d’initiés. C’est le cas de la justice, de la mesure, du partage, de l’égalité, de la liberté, de la fraternité et de la force permettant la cohésion.

Le symbolisme devient alors une méthode de travail permettant de découvrir le réel au-delà de l’apparent mais par approches lentes et successives en ne cédant pas à l’arrogance des certitudes.

 

Le symbolisme est alors une technique.

N'oublions pas que la maçonnerie fût opérative et que le symbole était le résultat d'un enseignement secret ou ésotérique permettant de transmettre le savoir sans le vulgariser et favorisant l’échange d’informations codées pour conserver les secrets de fabrication ou les tours de main.

De plus, les divers corps de métiers venaient d’horizons différents et il y avait la confusion des langues

 

 

 

De nos jours, la maçonnerie spéculative doit transmettre une recherche visant à améliorer l'homme et la société. Il convient de trouver une méthode permettant à des idées éparses de se rassembler dans ce but. La dialectique est trop complexe et trop brutale. Elle peut créer des incompréhensions entre ceux qui la pratiquent et les autres. La dialectique s'apprend mais son exercice risque d'empêcher les personnes d'opinions opposées de se rapprocher du fait de l'émergence brutale du réel dans nos débats.

En revanche, le discours analogique avec un langage commun sur des objectifs d'égalité, de rectitude, de relatif, de courage et d'actions permet d'élargir le débat par touches successives. Le langage symbolique permet à des recherches à caractère philosophique, économique et social de rassembler ce qui est épars autour de d’objectifs d'égalité et de fraternité en faisant partager librement notre sentiment plutôt qu’en faisant prévaloir systématiquement et parfois brillamment un point de vue. Si celui-ci nous paraît juste et égalitaire, il passera d'autant mieux que ceux qui ne le partagent pas se pénètreront insensiblement de symboles qui seront actifs, communiquant voire communicatifs.

A partir de là, ce sont les symboles qui observent l'homme avec des regards familiers puisqu’ils sont objet de la fratrie humaine.

Le but de notre Ordre est d'améliorer l'homme et la société, le Grand Orient de France mène une réflexion riche dans le domaine social, il me paraît intéressant de tenter d'utiliser les symboles. Nous dépasserons plus facilement la barrière des langues et des cultures pour vulgariser quelques principes remettant l’homme au centre du monde.

Cela démontra un savoir-faire mais surtout nous pourrons prendre des positions plus progressives en nous regroupant autour d'un langage commun dans un but réel d'amélioration et non de simple consensus. Nous passerons alors du savoir-faire au faire-savoir.

Seulement alors nous nous serons appropriés les symboles, leur usage.

Alors seulement nous deviendrons des symboles de tolérance et de progrès pour l'Homme que nous observerons à notre tour avec des regards familiers.

JMP